Bertrand Piccard: << Ouand je recharge ma loniq le plein me revient à 4 euros pour 200 kilomètres. lmbattable ! >>

Le Suisse Bertrand Piccard est bien connu dans le monde de l'aviation. Au début de l’année 1999, il a été le premier à réaliser un vol en ballon sans escale autour du monde dans le Breitling Orbiter 3, en utilisant le jet-stream. Il y a quelques années, Piccard a réédité son exploit avec un avion alimenté exclusivement par l'énergie solaire autoproduite, le Solar Impulse 2. Il ne faut pas s'étonner que Bertrand Piccard ait des idées très axées sur l’écologique, et il en parle dans une interview qui est paru dans le célèbre magazine Paris Match. Il est aussi un ambassadeur Hyundai, et ne jure que par l'Ioniq EV pour ses déplacements quotidiens. Vous pouvez lire l'interview complète ci-dessous. (Droits d’auteur Paris Match, Francis Demange)


INTERVIEW LIONEL ROBERT

Paris Match. Vous avez atterri, il y a bien­tôt deux ans, de votre incroyable odyssée à bord de “Solar lmpulse”. Cette expé­rience a-t-elle changé votre approche du transport aérien ?
Bertrand Piccard: Oui, je l’avoue. Depuis mon tour du monde en avion solaire, j’ai du mal à voler dans un avion normal ! Je trouve ça trop bruyant, trop polluant, et tellement mains plaisant à piloter ! En voiture, c’est pareil …

Justement, vous êtes aujourd’hui l’am­bassadeur de la marque sud-coréenne Hyundai et vous roulez, au quotidien, en loniq électrique. Vous êtes-vous aisé­ment converti à l’automobile “zéro émission” ?
Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre qu’une voiture électrique, ce n’est pas simplement plus vertueux. C’est plus silencieux, plus vif à l’accélération, plus agréable à conduire et, surtout, beaucoup plus efficace. Le rendement énergétique d’un moteur à combustion est d’environ 27 %, cela signifie que les trois quarts de l’énergie utilisée pour le faire fonctionner sont perdus. Cette tech­nologie, inventée au XIXe siècle, est devenue parfaitement obsolète. Dans le cas d’un moteur électrique, le rendement peut monter jusqu’à 97 %. Il consomme près de quatre fois moins d’énergie. Rouler électrique, c’est être logique avant d’être écologique …

De manière plus générale, diriez-vous que votre approche de la conduite a évolué?
Certainement. Plus jeune, je conduisais de façon assez agressive. Je chronométrais mes trajets. Avec le temps, je suis devenu plus zen et plus technique. Je n’aime pas être transporté et je ne serai sûre­ment pas le premier à circuler en voiture autonome. Mais, au volant, je ne suis plus en com­pétition qu’avec moi-même.

J’essaie de moins consommer, de faire le plus de kilomètres possible avec une charge de batterie. Prendre le volant me détend: c’est un de mes rares moments de tranquillité.

Vous êtes convaincu que l’avenir de l’auto­mobile sera électrique. Mais quelles solu­tions préconisez-vous pour accélérer la transition?
Je plaide pour des mesures incita­tives. Il faut donner envie aux automobi­listes de rouler propre en leur offrant un avantage: pouvoir éviter les embou­teillages, par exemple.



Votre discours tranche avec celui, beau­coup plus coercitif, d’Anne Hidalgo, la maire de Paris …
Je m’entends très bien avec elle. J’ai même préconisé le développement de voies spéciales réservées aux voitures électriques sur les quais de Seine. Elle m’a répondu que les piétons s’étaient appro­prié l’espace et qu’il lui semblait difficile, désormais, de les en déloger. Elle envisa­gerait, cependant, cette solution dans d’autres lieux congestionnés de la capi­tale. Les choses avancent …

Si les politiques paraissent souvent man­quer d’esprit d’invention, vous portez aussi un regard sévère sur les constructeurs automobiles.
Je leur reproche de manquer d’ambi­tion dans leurs objectifs environnemen­taux et de défendre d’abord des normes d’homologation laxistes, au risque de dégrader la santé publique. La pollution de l’air cause la mort de 6 millions de personnes chaque année. On ne peut pas rester les bras croisés face à une telle catastrophe humanitaire. Or, à quelques exceptions près, les grandes marques donnent l’impression d’aller vers l’électrique contre leur gré. On ne les sent pas enthousiastes. Elles préfèrent se polari­ser sur l’autonomisation. Les Asiatiques, dont les villes sont souvent plus polluées que les nôtres, font davantage d’efforts. La Chine, notamment, est sur le point d’abandonner la production de voitures roulant à l’énergie fossile.

La réglemenlation devrait être revue?
Totalement. Il faut en supprimer les incohérences. Je pense, par exemple, à celle concernant les émissions de CO2. Plutôt que d’imposer à tous les modèles mis sur le marché de ne pas dépasser un certain seuil, on préfère prendre en compte la moyenne des émissions d’une gamme tout entière, ce qui revient à continuer d’autoriser la commercialisation de voitures très polluantes. C’est absurde !

Vous demeurez cependant optimiste …
Absolument, car le phénomène est irréversible. L’automobile électrique est le porte-drapeau de la transition énergétique. Et je prédis une révolution aussi spectaculaire que celle de l’avènement du pétrole à la fin du XIXe siècle. La voiture « zéro émission » en témoigne : sa conduite peut être propre, efficiente, rapide et plai­sante à la fois. Jusqu’à l’émergence de Tesla, la voiture électrique était anecdo­tique. Il est étonnant de constater que la solution est arrivée par un homme, Elon Musk, qui n’appartenait pas au monde de l’automobile. Un outsider qui a changé la donne face à des constructeurs trop fri­leux et pas assez innovants. Ils devraient enfin comprendre que faire vroum vroum, c’est dépassé.

On vous sent prêt à suggérer des mesures radicales. Seriez-vous d’avis de retirer le droit de circuler aux véhicules du siècle dernier?
Certainement pas! Une voiture de collection, ce n’est pas la même logique d’utilisation qu’une automobile du quo­tidien ou que celle qu’on utilise pour les longs trajets autoroutiers. Même si elle roule à l’essence plombée, son usage demeure exceptionnel. Si on ne le tolère pas, il n’y a plus de liberté. Or, ce droit à la diversité est le fondement de notre société. Mais je connais des collection­neurs qui font électrifier leur voiture ancienne et je trouve ça malin.

Vous prenez aujourd’hui votre baton de pèlerin pour prêcher la bonne parole auprès du public, bien sûr, mais surtout auprès des décideurs, politiques et indus­triels de tout bord, climatosceptiques ou non …
J’endosse mon rôle de « savanturier » avec le plus grand sérieux. Il consiste notamment à convaincre pour faire évo­luer les mentalités. En matière de respect de l’environnement, cela passe par un changement de discours. Depuis cin­quante ans, le tort de l’écologie a été de parler de restrictions de circulation, de menaces pour le confort. Or, les gens ne veulent pas avoir moins. Ni plus, d’ail­leurs. Ils veulent avoir mieux. Les chan­gements doivent être porteurs d’espoir, de plaisir et de croissance. La protection de l’environnement va ouvrir de nou­veaux marchés. La fin du gaspillage des matières premières va créer de nouveaux emplois. Même Donald Trump est sensible à ce discours.

BERTRAND PICCARD
<< Une pollution locale vaut mieux qu’une globale. Il faudra sacrifier certains endroits de la planète pour trouver cobalt et lithium >>

Mais la voiture électrique va également maintenir en vie des technologies du passé …
Parfaitement. Faire fonctionner une centrale au charbon pour produire l’électricité des voitures sera toujours mieux pour l’environnement que de rouler dans un diesel. Ce principe vaut également pour la fabrication des batteries. Il faut accepter de sacrifier certains endroits du globe pour extraire du cobalt ou du lithium. Ces pollutions locales valent mieux qu’une pollution globale. On ne peut pas faire de l’écologie sans casser quelques oeufs.

Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent du recyclage des batteries?
A la fin de sa carrière automobile, la batterie d’une voiture électrique a perdu seulement 20 % de sa capacité. Elle n’a donc pas lieu d’être recyclée. Il faut lui donner une seconde vie en l’installant dans la cave d’une maison, par exemple, pour stocker de l’énergie et rendre l’hahi-tation autonome sur le plan énergétique. Dans la petite ville où je réside, près de Lausanne, 100 % de l’énergie fournie aux habitants est renouvelable. Quand je me déplace, non seulement je n’émets pas de CO2, mais l’énergie que je consomme est verte également. Je recharge ma voiture chez moi. Le « plein » me revient à 4 euros et me permet de rouler 200 kilomètres, c’est imbattable !

Certes, mais vous n’en êtes pas encore à envisager un Paris-Lausanne …
Si je devais le faire aujourd’hui, je serais contraint de m’arrêter deux fois pour recharger. Mais avec les progrès rapides constatés sur les batteries, dans trois ans, ce sera faisable d’une seule traite.



L’autre point crucial du développement de la voiture électrique reste la production d’électricité en tant que telle. En aurons­nous suffisamment, selon vous, pour ali­menter tout le parc automobile?
C’est un faux problème ! Si tous les Français roulaient en voiture électrique, ils consommeraient la moitié de l’électri­cité qu’ils utilisent aujourd’hui pour se chauffer. Isolons correctement nos habitations. Remplaçons nos vieux radiateurs par des pompes à chaleur et nos ampoules à incandescence par des Led, et on n’aura pas besoin de produire davantage d’élec­tricité. En optant pour des systèmes effi­cients, nous cesserons de gaspiller l’énergie.

Il existe une alternative à la voiture élec­trique à batterie: la technologie à pile à combustible, qui fabrique de l’électricité à partir de l’hydrogène …
J’ai déjà essayé une Hyundai fonctionnant à l’hydrogène*. C’est aussi plai­sant et silencieux qu’une électrique à batterie, et on en fait le plein en quelques minutes. Je crois beaucoup à cette tech­nologie car elle se fait des amis là où la batterie se fait des ennemis: avec une batterie, on court-circuite les produc­teurs de pétrole, le réseau de distribution, les stations-service et le taxateur, l’Etat, qui ne sait pas comment se faire payer l’électricité qui sert à se déplacer … Avec l’hydrogène, au contraire, le pétrolier continue à produire, à distribuer, les stations-service continuent à vendre et le gouver­nement à taxer. L’infrastructure est plus compliquée à mettre en oeuvre, mais elle est économiquement bien plus vertueuse.

L’heure est donc venue de réconcilier l’éco­logie et l’économie?
Oui. Il faut passer du statu quo sale que l’on connaît depuis des décennies à une croissance propre. A l’occasion de la COP23, organisée à Bonn à l’automne dernier, j’ai lancé mon projet “1.000 solu­tions pour résoudre le changement de cli­mat”, un éventail de propositions dites “intelligentes” offertes aux Etats qui en feront la demande. Dans le secteur auto­mobile, il s’agit d’utiliser des matériaux plus légers, des lubrifiants biologiques, des pneus injectés de silice pour réduire la consommation de carburant, ou un sys­tème, développé par la start-up anglaise CGON, qui produit de l’hydrogène en roulant pour éliminer les particules.

La transition énergétique durable, c’est d’abord la croissance propre: des mots presque antinomiques …
C’est la clé du problème. La crois­sance ne doit pas aller sans le respect de l’environnement, et vice versa. Le vieux monde pense que la voiture électrique el les énergies renouvelables sont une mode qui va passer. Or, elle ne passera pas. Les flux de capitaux le montrent déjà: il est plus rentable aujourd’hui d’investir dans l’économie propre que dans l’économie sale. CQFD.

*Une flotte de taxis Hyundai ix35 FC circule dans Paris et sa banlieue. Ils font le plein à la station du pont de l’Alma et à celle de l’aéroport d’Orly.

 

Demande d’essai

Hyundai KONA
Les coulisses de Hyundai Postes en vedette